Milovan CIROVSKI
Photographe Reporter

Préface 

Masque : objet destiné à dissimuler, représenter ou imiter un visage. Le mot vient du Bas-latin,  mascha, sorcière. Du sens de sorcière on est passé au sens de faux visage, destiné à faire peur,  au XIIe s. 

Au XVII°S, lors des épisodes de peste, on voit apparaître de drôles de masques portés par les  médecins et destinés à les protéger. Il s’agit de masques à becs, becs assez volumineux remplis  d’herbes et de parfums censés les protéger. Cet équipement leur donnait l’air de drôles d’oiseaux.  Ces masques devinrent le symbole des médecins de la peste et entrèrent dans les personnages  de la Commedia dell’Arte, incontournables du Carnaval de Venise. 

Port du masque obligatoire : Adieu rouge à lèvres et fard à joues, Adieu bisous et baisers de  Doisneau place de l’hôtel de ville. Adieu sourires et beaux matins en sifflotant pour aller chercher  ses croissants. Un appendice nasal à la Cyrano de Bergerac n’est plus un handicap et c’est même  un avantage pour mieux respirer dans l’espace occupé par lui sous le masque justement. Lire sur les lèvres ? Quelles lèvres ? Parlons plutôt avec les yeux. 

Gestes barrières comme des obstacles à une vie sociale, comme des barrages à des amours  contrariés, comme une méfiance de l’autre perçu comme danger potentiel. 

Confinement, enfermement, promiscuité, exact inverse des relations oubliées. Il n’y a plus les  autres mais seulement l’autre, dans une moitié de visage, dans une distanciation, dans une parole  étouffée, avec des yeux qui tentent de dire les mots enfermés sur des lèvres et une bouche  bâillonnée . 

Accessoire hygiénique et médical devenu vêtement indispensable de sortie ; comme un couvre-chef, comme un parapluie qui protégerait, pour sortir de chez soi en restant en soi. 

Habitude réflexe de cet accessoire, habitude visuelle des visages incomplets, nous voilà seuls  tous ensembles. 

Milovan Cirovski, grand reporter photographe y a vu le signe d’une nouvelle guerre contre un  ennemi inconnu jusqu’alors, comme une grippette devenue monstrueuse, avec un nom barbare :  covid 19. 

Il y a vu des expressions, des émotions, des signes, des appels vers l’autre, une contrainte  adoptée tant bien que mal et une résistance dans des yeux qui veulent compenser ce manque de  contacts. 

Il nous fait redécouvrir l’humain derrière cette étroite bande de tissu bleu. 

François Paviza Chouly De Permangle